L'ART DU PORTRAIT

L'ART DU PORTRAIT
L'ART DU PORTRAIT. Bronzino, portrait de Laura Battiferri

Celebritie's portraits, Mirror's session - Antoine Giacomoni 1978-2012




"Giacomoni pourrait prétendre au titre de "photographe psychique", tant on a l'impression en contemplant ses clichés d'y lire l'âme de ses modèles".

 Serge Féray "in Nico in camera" (cahier de minuit)









Miroir du mythe



 Longtemps Antoine ne s'est penché que sur lui-même, interrogeant dans les miroirs les traces que déposait l'expérience sur son visage de fils de pâtre corse. La vie, elle , se précisait peu à peu : musique, métropole, et plus loin, plus tard, l'Angleterre, les caraïbes, la photographie. Cette dernière est devenue le prolongement d'Antoine, son moyen de troc avec le monde. Donnant donnant : tu me donnes ta présence, je te donne ton image. On connaît l'histoire de certains peuples primitifs qui voient dans le portrait un substitut de l'être représenté. Antoine Giacomoni pourrait être le chaman-photographe de ces tributs là. Pas question pour lui de voler une image ou de se conférer un pouvoir de maître de cérémonie qu'il imposerait à un sujet docile. La cérémonie qu'il met en place est au contraire un acte d'amour, où chacun est conscient et livre ce qu'il a, mais dans son entièreté. Peu à peu, au moment des déchirements de la période punk, , Antoine a mis en place sa théorie du miroir. Le studio se résume à un carré magique réfléchissant l'image, et entouré d'une rampe de lumière. Le sujet se dédouble dans l'éblouissement. Et la lumière, qui vient former un anneau dans la pupille, petite auréole sanctifiant l' instant, devient la signature de ces « mirror sessions » qui tiennent beaucoup des séances d'improvisation que s'accordent certains musiciens entre eux. Si la lumière était une gamme, on pourrait dire de celle d'Antoine qu'elle est mélodieuse et claire, glissant légèrement sur l'anecdote sans de pour autant la refouler mais surtout tendant vers l'harmonique l'embrassement, où le sujet culmine à l'apogée fugace de ce qu'il est. Antoine saisit le moment où le mythe devient réalité. Mais avant, patiemment, il a apprivoisé et éliminé les idées parasites (appréhension, timidité, absence) qui habitent tout un chacun qui est amené à prendre la pause et à se crisper en attendant le déclenchement de l'obturateur de lumière. De tels moments désagréables n'existent pas avec Antoine qui a trouvé la parade au danger qu'encourt celui qui ce livre, dangers de ce faire voler ou amocher plus que l'image, l'âme. Pendant la séance du miroir, éblouis par un simulacre qui rappelle les « feux de la rampe », on contrôle aisément son apparence, puisqu'on est aussi bien regardé que regardant. On passe en douceur de l'image privée, intime – qui peut tricher devant son propre reflet ? – de l'image personnelle et fragile, à l'image , publique, celle qui va être figée en deux dimensions être révélée, fixée, reproduite. Et le photographe se fait discret, tapidans l'ombre, confondu avec son boitier, devant le miroir, derrière le visage, guettant l'expression qui monte de l'intérieur, ni passive, ni opaque. Moment de grâce où « il n'y a ni viol, ni vol où il y a partage ».

Courtesy of Anne-Marie Morice










































































































































© Page réalisée par Antoine Giacomoni et Denis Stass pour Mandrakimage